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C’est le retour de la semaine où j’ai autre chose à foutre que vous raconter ma vie je vous propose un post à vocation documentaire. J’en entends déjà couiner de bonheur en voyant le sujet : nous allons parler de renards.

 

Je souhaite mettre quelque chose au point : le premier qui me dira “comme dans Naruto” recevra une dédicace personnalisée dans son pare-choc arrière, que je lui signerai de la pointe de la basket.

 

On ne peut pas “sceller” un kyûbi dans un être humain, que ce soit clair. Sinon, on appelle plus ça un être humain mais un steak haché. On ne peut pas non plus tuer un kyûbi. Même quand on est onmyôji. Donc vous êtes mignons, vous m’oubliez ce que vous avez pu “apprendre” des renards dans l’oeuvre susdite. Pour latter du ninja, c’est certainement très pratique mais chez moi, ça consiste à vouloir bourrer un renard de quatre mètres de haut dans un bipède d’un mètre soixante. Je laisse quelques secondes aux pervers pour ricaner à ce double sens.

 

Les renards, donc.

 

Tout d’abord, il faut savoir que contrairement à ce que vous seriez tentés de croire notamment en lisant ce blog, tous les kitsune ne sont pas des créatures nuisibles : ceux de la branche inari sont même signe de chance. Un dénommé Abe no Yasuna, aristocrate de son état, pourrait vous en parler s’il était encore de ce monde : pour avoir sauvé une renarde des chasseurs, il en fit sa femme, la mère de son fils et il ne mourut pas vraiment dans la misère. Mieux, son fils devint le premier onmyôji de l’histoire du Japon, Abe no Seimei. En revanche, la renarde une fois découverte retourna se reclure dans la montagne. Oui, ramener madame en laisse chez l’empereur faisait mauvais genre.

 

Par “branche Inari”, je veux dire la descendance de la déesse renard Inari, divinité des moissons et de l’abondance - notez qu’il y a le rapport au fric même chez les renards de bonne famille. Vous trouverez d’ailleurs pas mal de petits sanctuaires un peu partout au Japon même s’il n’y a plus que les onmyôji, les vieux et les types bourrés pour venir s’y échouer aujourd’hui (voire les trois).

 

Pour le reste des renards, disons les choses de manière entière et sans fioritures : ce sont de foutues saloperies. Veules, roublard, manipulateurs et vénaux, sachez que votre compte bancaire les intéresse au moins autant que votre viande (contrairement à la majeure partie des yôkai qui en général n’en veulent qu’à l’un des deux). Ils vous tueraient sans état d’âme pour vous délester de quelques yens...ou simplement par jeu.

 

Car le kitsune a le sens de l’humour.

 

Démonstration d’une plaisanterie kitsune type :

 

Mettons que vous alliez “vous détendre” avec des collègues de bureau en ville pour conclure une journée éprouvante à cirer les pompes de vos supérieurs. Après vous être bourré la gueule à en agresser tous les lampadaires sur votre route, vous croisez - enfin vous percutez dans votre trajectoire éthylique - un groupe de jeunes femmes à la sortie du bar. Celles-ci qui vous proposent de vous escorter jusqu’à votre porte pour éviter qu’un lampadaire ne vous colle un procès. Vous acceptez.

 

Ce sera votre dernière idée stupide, autant le dire tout de suite.

 

Avançant d’un pas incertain, soutenu par vos bienfaitrices, vous ne reconnaissez pas la route mais bon, vu votre degré de sang dans l’alcool, ça ne vous inquiète pas vraiment. Arrivé à votre porte, ces demoiselles vous souhaitent une bonne nuit, vous impriment une petite poussée en direction de votre palier. Et vous tombez parce que ce que vous croyiez être une porte d’immeuble est en fait une voie ferrée, le canal ou mieux encore la baie de Tokyo.

Ces “charmantes” jeunes femmes sont des kitsune qui écument les sorties de bar en semaine et choisissent des hommes seuls suffisamment imbibés pour pouvoir les abuser en leur proposant de les ramener. Elles les poussent ensuite à l’eau/devant un train en pariant - avec l’argent qu’elles leur ont dérobé - sur le temps qui leur reste à vivre. Grosse, grosse, éclate. Sauf quand l’onmyôji pisse-vinaigre vient interrompre la fête. La dernière fois que je les ai chopées à faire ça, j’en ai rattrapé une et je l’ai roulée dans le goudron frais avant de lui conseiller de tirer d’un coup pour que ça fasse moins mal. Grosse éclate, derechef, mais pour moi, qui ai reconduit l’alcoolo miraculé chez lui sans dommage. Inutile de dire que c’est un veinard, je ne suis pas derrière toutes les kitsune de Tokyo.

 

Outre ces petites blagues fraîches et audacieuses, les kitsune aiment tout particulièrement coucher avec les humains (encore une spécificité parmi les yôkai qui ont plutôt tendance à nous éviter) : les femelles soignent toujours leur apparence humaine afin de pouvoir mettre le grappin sur les “herbivores” - terme révélateur désignant le mâle japonais pas franchement dominant. D’ailleurs, “kitsune” vient de l’expression “reviens te coucher” (l’origine en est largement plus romantique mais quand même…)

 

Elles comptent les points : plus l’herbivore est haut placé, plus il rapporte de points. J’ai ainsi appris de la bouche de Gekkô que j’en valais trente chez ces demoiselles, un score honorable grâce à mon titre mais dévalué parce que je suis méfiant comme une truite devant l’hameçon. Je supporte beaucoup plus les renards dans ma chambre à coucher que dans mon boulot, on va dire…

 

On me souffle dans l’oreillette que certaines femmes humaines pratiquent aussi ce genre de choses. Mouais. Vérifiez qu’elles n’ont pas les oreilles pointues, dans le doute...parce que pour vouloir se taper un herbivore, je vois surtout un carnassier.

 

Depuis le début, je parle plutôt de kitsune femelle et pour cause : les mâles sont plus discrets et généralement moins emmerdants. Ils se contentent de croquer de l’humain de temps à autre mais ce sont plutôt des branleurs qui ne prennent même pas la peine de draguer chez nous, préférant monter des arnaques en sous-main histoire d’avoir un revenu confortable et de s’éclipser quand ça commence à chauffer. Ils nous voient comme de la viande et s’offusquent presque que je leur interdise de prendre les écoles maternelles comme des self services. Après deux ou trois vexations de ce type, ils finissent par disparaître pour retourner vivre dans les montagnes ou parmi les yôkai. On les voit revenir quand ils s’ennuient ou n’ont plus une tune. Ils se disputent les organismes de crédit avec les yakuza , ce qui leur permet eux aussi de pousser les humains dans la rivière ou sur les voies mais de manière plus indirecte.

 

En terme de pouvoirs, celui des kitsune réside dans leurs illusions : se faire passer pour des humains, déjà, certains empereurs japonais y ont goûté avant mes contemporains mais également des hallucinations pour mener les humains à leur perte. Avec les renards, l’expression “prendre des vessies pour des lanternes” peut s’entendre au sens propre. Plus le kitsune est puissant, plus ses illusions seront complexes à déjouer, y compris pour les initiés comme moi. Gekkô, par exemple, parvient encore à m’avoir avec les siennes même si je suis prudent quand il est dans le coin.

 

Une fois sous l’emprise du kitsune, vous allez vous jeter dans le vide, convaincu qu’il y a une route, vous “noyez” en cessant de respirer alors que vous êtes à l’air libre, devenir fou en pensant être enfermé au beau milieu d’un boulevard...

 

Le (seul ?) avantage c’est qu’on peut juger de la puissance d’un kitsune sans avoir besoin de se faire enfumer, aux nombre de queues (pas celles-là, amis pervers) : de une à neuf avec l’échelle suivante.

 

  • Une queue : Clébard en version “améliorée”. Peut éventuellement vous piquer votre goûter.

 

  • De deux à quatre : En apprentissage. Vous pique votre goûter, votre liquide et vous croquera un coup dans le jarret s’il est aventureux.

 

  • De cinq à sept : Vous dévalise jusqu’à la racine de vos cheveux et emportera un membre ou un organe en guise de compensation pour avoir été assez bienveillant avec vous (si vous en sortez vivant, j’entends).

 

  • Huit : CF ligne précédente. Subtilité : vous coupez vous-même le morceau qu’il emporte. Attention, je n’ai pas dit que vous choisissez ledit morceau. Chance de survie restreinte.

 

  • Neuf : On appelle plus ça un kitsune mais un kyûbi (terme que j’ai tendance à donner à tout kitsune représentant un danger potentiel), divinité hargneuse qui ne s’encombrera pas forcément d’illusions pour vous gober. Extrêmement puissant, même un onmyôji ne peut pas grand chose contre lui...à part prier pour votre prochain cycle de réincarnation, éventuellement. Personnellement, dans pareil cas, vous pouvez bien aller vous faire foutre, j’aurai déjà déguerpi.

 

Sa taille animale varie également en fonction de ce même nombre de queues, acquises au fil des siècles d’existence. Gekkô, par exemple, avoisine les trois mètres sous sa forme finale - celle qu’il prend si je l’ai fortement contrarié.

 

J’en arrive à présent à la partie “prévention” : ce qu’il faut savoir pour ne pas être la proie d’un kitsune.

 

Déjà - ce n’est pas la première fois que je le dis - éviter d’être dehors durant l’heure du boeuf pour ne pas devenir le jouet de ces dames le temps de vous noyer pendant qu’elles vous appuient sur la  tête en recomptant votre fric.

 

Ensuite, évitez de faire affaire avec eux pour quelle que raison que ce soit, pas même pour une broutille : un kitsune peut vous dépouiller jusqu’à votre slip si vous avez le malheur ne fut-ce que de l’approcher. Et de vous proposer de racheter votre slip ensuite. A crédit. Ils sont très forts pour ça, doucereux et rassurants, amicaux jusqu’à avoir votre signature ou votre carte de crédit. Et vous pourrez vous estimer heureux s’il vous reste vos yeux pour pleurer. J’ai à la pelle des imbéciles à poil, le contrat enroulé jusque dans le fondement qui viennent me décrire un vendeur ou une vendeuse aux cheveux décolorés et aux lentilles de contact jaunes. Mais c’est du fol-klore mon bon monsieur, les renards ça ne se tient pas sur deux pattes, voyons. C’est précisément la raison pour laquelle ils vous demandent généralement de vous pencher…

 

Enfin, je vais vous livrer l’information précieuse pour distraire un renard : le tofu frit.

 

Vous pouvez être milliardaire, avoir la viande juteuse, si vous proposez à un kitsune une assiette de tofu frit, vous pouvez être sûr qu’il préférera l’assiette et de très loin.

 

Gekkô - grand chef d’entreprise portant sur le cul quatre ans de votre salaire et ne s’asseyant que dans des fauteuils en cuir - BAVE, langue sortie, lorsqu’on lui en rapporte. D’ailleurs, un marchand ambulant a bien repéré le créneau et s’est durablement installé en bas de l’immeuble : son revenu et sa survie sont assurés (il doit avoir un peu de sang renard, lui aussi). Je n’ai même pas le droit de l’envoyer chier quand il me demande si je peux monter sa commande à Gekkô puisque je suis là ou je prends une avoinée. Mais rien que pour le plaisir de voir ce fichu renard prêt à donner la patte et faire le beau, je crois que je veux bien faire le larbin.

Attention au retour de flamme, ceci dit, une fois l’assiette vide. Optimalement, il faut user de ce laps de temps non pas pour ricaner mais pour vous mettre à courir.

 

Je reconnais ceci dit que se balader avec du tofu frit n’est pas l’idéal. Il vous reste l’option de l’alcool : les kitsune en craignent l’odeur et le goût, ils boivent généralement pour se donner une contenance sous leur forme humaine mais ne supporteront pas un concours de cuite. En deux verres, un renard roulera sous la table alors à moins d’avoir une tolérance à l’alcool de nouveau-né rachitique, vous devriez pouvoir leur tenir tête.

 

Autre option : le chien.

 

Un kitsune ne vous approchera pas si vous avez un chien à domicile ou au bout d’une laisse, quand bien même Kiki aurait l’âge d’être empaillé, serait moins gros que son collier serré au dernier cran et n’aurait plus de dents. C’est également une bonne technique pour distinguer un kitsune sous sa forme humaine : si Kiki grogne après le représentant de commerce alors qu’il ne broncherait pas même en cas d’assaut militaire, il y a fort à parier que vous avez un renard en face de vous. Un onmyôji peut également assurer cette fonction mais il vous faudra un panier plus grand et un sacré sens de la persuasion pour le balader en laisse.

 

Ce sera tout, sortez par rangs de deux.

 

Et n’oubliez pas : si c’est beau, charmeur, que ça a un sex appeal à faire exploser votre libido et que ça vous allume, soit ça a trop bu, soit c’est un renard de deux mètres. Dans les deux cas, le réveil sera désagréable.

 

 

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