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C’est le retour du post informatif, la mauvaise excuse parfaite pour vous, glandeurs, qui venez lire ce blog au bureau (pas la peine de nier, je sais qu’il y en a) : vous pourrez affirmer “je m’informe” et pas “Je vais lire des blog bêtes et méchants”, ce qui est tout de même un peu plus respectable. M’enfin, ça fait toujours de vous un glandeur, hein, avec un soupçon de mauvaise foi en prime.

 

Bref, aujourd’hui nous allons parler un peu des yûrei.

 

yûrei : personne tuée de manière “originale”, légèrement peu jouasse mais très joueuse, revenant hanter les vivants, les maudire, leur arracher quelques membres...

La plus célèbre yûrei pour vous, c’est probablement Sadako, adepte du petit écran, des puits mais pas des soins capillaires ni des manucures.

C’est d’ailleurs la forme la plus fréquente de la yûrei, ce look “au saut du lit” avec long vêtement blanc  et cheveux dans la gueule, ce qui permet de les identifier relativement vite (vérifiez quand même avant d’attaquer les purifications d’usage, ce serait con d’agresser une somnambule).

 

Le/la yûrei est majoritairement de type féminin, notamment parce qu’elle est très souvent le fruit d’un crime passionnel. Elles ont été trahies, abandonnées et donc tuées par le type qu’elles aimaient, généralement de manière dégueulasse : par exemple, Oiwa ,l’une des célébrités locales a été défigurée par un poison avant d’être clouée à une porte et balancée à l’eau, ce qui lui a laissé une petite rancune (Toutes des chieuses...). L’humain faisant preuve d’une incroyable fantaisie quand il s’agit de trucider son prochain, autant dire qu’il y a toujours matière à voir émerger des yûrei, même aujourd’hui. Le plus souvent, le meurtrier veut se débarrasser d’une épouse ou d’une petite amie encombrante pour aller flirter ailleurs.

On distingue deux types de yûrei :

 

- la yûrei avec planning : elle a en tête une personne bien précise à punir, son nom, son adresse, ses mensurations, la marque de son dentifrice et sait exactement ce qu’elle va lui faire. Ces demoiselles, très organisées, sont généralement les moins embêtantes, elles se concentrent sur leur victime (parfois plusieurs), font de leur vie un enfer - ou un épilogue douloureux, au choix, puis disparaissent et ne font plus parler d’elles. Ceci dit, je déteste passer derrière, c’est généralement pas beau à voir.

 

Je repense à un connard sur Ebisu, il y a quelques mois, qui m’avait contacté pour que je l’aide. Lorsque je suis arrivé, j’ai été accueilli par la mâchoire du type. Séparée du reste, j'entends. Et pendue au plafond avec un petit mot dessus : “Plus la peine”.

 

Oui, la yûrei peut être courtoise.

 

Le salopard qu’elle avait disséqué lui avait coupé la langue avant de la planter lorsqu’elle avait eu l’idée saugrenue de rompre.

 

- la yûrei “zonée” : elle hante le lieu où elle est morte - ou éventuellement un lieu ayant une forte signification pour elle -  et avoine le moindre être vivant qui passe à sa portée. Si vous avez le malheur d’entrer sur son territoire, vous êtes mort. Sadako est typiquement ce genre de yûrei, qui pourchasse toute personne étant entrée en contact avec elle. Ce sont les pires puisqu’elles ne s’arrêtent jamais et qu’on peut les croiser totalement par hasard. De deux choses l’une : ou bien elle vous maudit et vous traque et vous pouvez toujours appeler un exorciste à l’aide...

Ou bien elle apparaît dès que vous avez mis le pied où il ne faut pas. Game over pour vous. Et ne croyez pas qu’elle va simplement vous faire mourir de peur, vous n’aurez pas ce plaisir.

 

Pour moi, ça signifie que je dois purifier les lieux en usant de méthodes d’onmyôjitsu conventionnelles...ou un peu plus extrêmes. Comprenez : le plus simple, c’est encore de tout faire cramer. Là, vous êtes sûr qu’il n’y a plus personne, les fantômes n’aiment pas le feu, surtout quand il est allumé par un exorciste.


 
 

Une yûrei n’est pas nécessairement agressive, ceci dit, certaines se manifestent aux vivants sans rien leur filer d’autre qu’une trouille phénoménale, parfois elles sont même bienveillantes. Je pense notamment à Miki-la-gardienne, que je croise parfois lorsque je me déplace à Ikebukuro. Elle se tient invariablement près des distributeurs, très droite dans son tailleur crème, souriante, le regard étrangement absent. Vous ne la remarquerez qu’à peine alors que vous vous approchez.

 

Miki n’aborde que les gens qui portent des enfants aux bras et leur propose de les leur tenir quelques instants pendant qu’ils retirent de l’argent. Si vous refusez, elle s’évaporera sous vos yeux dans une plainte. Si vous acceptez et que votre enfant ne pleure pas dans ses bras, c’est signe de chance pour sa vie future (sinon c’est un emmerdeur qui braille pour un oui ou pour un non). Dans tous les cas, elle disparaîtra une fois que vous aurez terminé, laissant le petit emmitouflé dans son écharpe rouge, qu’il faut bien entendu laisser sur place sous peine de ramener Miki chez vous. Elle n’est pas chiante mais c’est assez déplaisant d’avoir un fantôme qui vous regarde fixement dans votre salon. Typiquement,  Miki est le genre de yûrei à qui je fiche la paix, elle fait partie des légendes urbaines qui constitue aussi le caractère de Tokyo.

 

Autre chose à savoir, face à une yûrei, connaître son nom en tant que vivante peut vous sauver : il vous donne un pouvoir sur elle, celui de la ralentir à minima.

Il existe également un cliché qui veut qu’un homme soit plus exposé qu’une femme à l’esprit revanchard d’une yûrei : soyons clair, c’est des conneries. Une yûrei ne fait pas la différence lorsqu’elle est rancunière, j’en ai vu se jeter sur moi ou ma cousine avec la même hargne. Le meilleur moyen d’en venir à bout est d’effectuer un rituel funéraire dans les règles - c’est moins facile parce que ça bouge et que ça veut vous arracher les globes oculaires et la langue - mais c’est la méthode la plus simple pour l’apaiser.

Y’a-t-il des yûrei qu’on ne peut pas calmer ?

Tout à fait.

Les plus célèbres de notre folklore en font partie, leur zone d’activité est connue et évitée (Oiwa, Okiku, Isora...)

Chaque appartement, maison ou zone ayant une histoire pouvant provoquer l’apparition de yûrei est listé et soumis à ma ratification. Les agents immobiliers sont obligés d’en tenir informés acheteurs et locataires avant signature. S’ils ne le font pas, je suis tenu de prendre des sanctions : je les traîne sur les lieux et les enferme avec moi le temps de nettoyer, histoire qu’ils profitent du spectacle.

 

Je ne sais pas pour les autres onmyôji mais je peux me vanter d’obtenir un taux de récidive nul.

 

Bref, vous n’avez aucune excuse pour ne pas connaître ce genre de lieux néfastes, présents sur les listes et généralement bardés d’affiches indiquant le danger. Si vous y foutez les pieds malgré tout, inutile de venir pleurer ensuite : hormis vous conseiller de vous cloîtrer jusqu’à la fin de vos jours dans une pièce scellée de fuda, je ne pourrai pas grand-chose pour vous sauver la vie.

 

 

Une dernière chose pour conclure :

 

Messieurs (Et mesdames, même si statistiquement vous trucidez un peu moins vos compagnes).

 

Je sais combien une petite amie peut être emmerdante. Je sais combien une fille peut taper sur les nerfs, j’ai un modèle réduit à la maison, bien droite dans ses basket roses de chieuse patentée. Je suis de tout coeur avec vous.

 

Mais par pitié, ne les tuez pas. Ne les disséquez pas.

 

Picolez, camez-vous au cristal meth, essayez le tai-chi, exilez-vous à l’autre bout du monde, changez de nom, c’est pas les méthodes qui manquent.

 

Ou alors plaquez-les. Vous éviterez le pire et ça ne demande rien d’autre qu’un peu de courage. Si déjà elles vous font peur vivantes, imaginez un peu mortes...

 

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Original par Hokushu

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