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Je suis vraiment bien entouré (ceci est ironique, oui) : on prend soin de moi, de ma santé, de mon habitat naturel, on s'assure que je garde le poil brillant ou l'œil vif. On se fout un peu de ma gueule au passage, tant qu'à faire.

Bon, je ne vais pas être d'une mauvaise foi crasse (c'est le cas de le dire), on ne peut pas vraiment parler de moi comme d'une fée du logis. J'entends régulièrement dire :

"Satoru-san, si vous vous mariez..."

Donc je devrais laisser le soin à une femme de nettoyer MA crasse. Quelle chouette notion du mariage, certaines personnes vous vendent vraiment du rêve.

Disons que je joue en "time limit" : quand je ne peux plus accéder ni à mon bureau, ni à ma cafetière sans faire l'équilibriste, je décrète une crise sanitaire, je remplis deux grands sacs poubelles et je désinfecte le sol. Là où ça devient drôle, c'est quand je dois retrouver quelque chose. S'il n'y a pas encore eu de crise sanitaire, il y a moyen que je creuse dans les couches géologiques sur mon bureau et éventuellement que je mette la main sur la chose convoitée.
Si ce besoin survient immédiatement après, autant dire que c'est foutu à 90%.

Les services administratifs l'ont très vite compris et ont pris l'habitude de m'envoyer les papiers deux à trois fois sans rechigner (pas par bienveillance mais par résignation).

Je ne trie rien - j'ai essayé, au bout d'une demi-heure j'étais pris d'une envie languissante de sac poubelle.

Je ne range rien non plus - je pars du principe que dans 15m2, soit je l'ai jeté, soit ça a pris vie et c'est sorti par la fenêtre, soit je vais le retrouver. Les choses dont je peux avoir besoin de manière rapide sont invariablement posées sur mon chevet.

Du moins jusqu'à ce matin, ça fonctionnait comme ça.

Non, je ne me suis pas marié, le bordel, deviendrait-il radioactif, ne suffirait pas à me convaincre. Quoique...quand je retrouve certaines choses dont je n'arrive même plus à retracer l'origine, la nature, et encore moins l'ancienneté, je me dis que je ne dois pas être loin de l'usine de traitements de déchets nucléaires.

Donc, ce matin, disais-je, alors que je dormais, ma petite alarme personnelle m'a obligé à me tirer du lit, l'œil mauvais. J'ai beau dormir comme une souche enracinée au matelas, la présence d'une entité surnaturelle a le pouvoir de me réveiller en moins d'une seconde. Et de me mettre d'humeur...saignante.

Je m'extirpe donc du lit, attrape deux fuda et ma dague, percevant des grattements dans la salle de bains. Yôkai propre ou juste pervers ? En tout cas celui-là va avoir son capital sanguin incrusté dans mes carreaux pour les prochains jours.

M'adossant à la porte, je l'ouvre lentement, sur la défensive et le bruit s'arrête. Tant pis pour l'approche par surprise, je rentre dans la salle de bains en trombe, dague levée...et me fige en plein mouvement.

Que ce soit entendu : je suis un enfoiré et je taille du yôkai en pièces si nécessaire - surtout s'il s'est introduit chez moi. Mais pas quand il s'agit d'un petit yôkai, qui est à la limite de porter des couches-culottes. Oui, oui, les yôkai ont des générations, comme nous. Et celui qui est dans ma baignoire, visiblement terrifié de me voir sur lui, prêt à le poinçonner, est encore tout môme ou presque.

"Qu'est-ce que tu fous là ????" Je siffle en l'attrapant par...je crois que c'est son cou. Il a une longue langue et une tignasse noire, un corps tacheté et des petites mains nerveuses. Un akaname...

Petite minute instructive : un akaname est ce qu'on appelle plus vulgairement un "démon mange-crasse". Absolument inoffensif, il ne peut blesser que l'amour-propre, dans la mesure où il s'introduit dans les maisons à l'hygiène douteuse pour...comme son nom l'indique, manger la saleté.

"Alors ????"

Je le secoue, furieux et il paille avant de bafouiller :

"C...C'est Gekkô...sama qui m'envoie..."

Vous vous doutez un peu que j'ai immédiatement appelé l'autre cafard de kyûbi pour lui exprimer mes vues très franches sur son sens de l'humour.

"Pourtant il n'y a pas de quoi rire, Satoru-chan. Ton appartement est une abomination, j'ai donc pensé qu'employer une femme de ménage s'imposait."

"Tu vas me rappeler ça chez toi immédiatement où je l'expédie à ses parents dans un colis en coupant les bouts qui dépassent, vu ?"

"Pourquoi, Issô-kun t'as manqué de respect ? Il est très investi dans son travail tu sais...son père travaille dans certains établissements respectables, il me l'a recommandé."

Ne pas s'énerver, même si c'est déjà fait...Coincé dans mon bras replié, le petit yôkai s'agite en couinant que je serre trop fort.

"Hé bien Papa va venir me chercher son gniard et fissa. T'avises plus jamais de m'envoyer de "femme de ménage", Gekkô, ou j'arrache tes queues une à une pour m'en faire des balais !!!!! PIGE ?"

"Tu ne devrais pas hurler comme ça aussi tôt le matin, Satoru-chan. Tu t'épuises pour la journée, tu seras moins efficace. Laisse Issô faire son travail et occupe-toi plutôt du tien."

 Et il me susurre un "bonne journée" avant de me raccrocher au nez. Connard.

Issô lève des yeux de veau promis à l'abattoir sur moi et je me décide à le lâcher avant de lui désigner la porte.

"Allez, fous-moi le camp. Je serais magnanime, ce sera sans coup de pied au cul."

"Mais Gekkô-san a payé d'avance" Il se met à chouiner "Il va être furieux si je ne finis pas."

"Je te préviens, le coup de pied au cul est QUAND MEME envisageable !"

"Si vous n'êtes pas satisfait, je vais me faire disputer !" Il se remet à pleurnicher "Mon père va m'envoyer dans les usines de banlieue !"

"Ha par ce qu'ici c'est mieux peut-être ?"

Il fait la grimace et rentre son interminable langue. Ouais. Je vois le genre. Je soupire et inspire à fond pour me calmer.

"Une fois. Juste ce matin. Et je ne veux plus jamais te voir, c'est clair ?"

C'est déjà assez répugnant un chien qui vous saute dessus pour vous enduire le visage de bave en guise de signe d'affection. Mais alors quand c'est un yôkai...surtout quand on sait à quoi il emploie sa langue...

Ça va être une journée fatigante.

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Source de l'image :  http://www.flickr.com/photos/donger/54354784/

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