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“Je sais bien que c’est ennuyeux mais on ne peut pas continuer comme ça, Kondo-san.”
 
J’adore les coups de fil en fin d'après-midi. Généralement, ils signifient que la nuit va être longue...
 
“-sama. Mais je suis d’accord avec vous, on ne va pas continuer comme ça.”
 
J’examine le fond de mon bol de ramen d’un œil critique. Sans être archéologue, je dirais que le truc qui y subsiste a dû passer le stade de l’âge de pierre et n’est pas conséquent plus mangeable. Même chose pour le bol dessous, qui ne va pas tarder à parler si je ne le lave pas.

“Honnêtement, ça fait combien de fois que vous me dérangez à cause de lui ?”

“Kondo-san, il s’agit d’une question de sécurité...”

“-sama. La sécurité, parlons-en, tiens ! En six mois c’est la troisième fois que je vous le ramène, vous me prenez pour qui, le chauffeur ?”

Bon. Mes bols prennent progressivement vie et je n’ai plus rien dans le frigo, à ce stade je vais devoir envisager de me faire un nabe avec le mange-crasse occupé à nettoyer ma baignoire. Ma flemme ne me fera jamais tomber aussi bas.

“Ecoutez, Kondo-san, ce n’est pas de gaieté de cœur que nous vous dérangeons mais il y a des chances qu’il tente de vous retrouver...” M’explique patiemment le directeur de la clinique à l’autre bout du fil “Je n’ai pas envie qu’une négligence puisse occasionner des dégâts...”

“-sama. Si j’entends encore un “san”, je vous raccroche au nez, c’est clair ?”

Ce qu’il y a de cool quand on est sans cesse sollicité, c’est l’embarras du choix niveau con sur lequel se passer les nerfs.

Dommage qu’ils soient rarement dociles. Le directeur soupire.

“Je fais ça pour vous...”

“Commencez pas à me larmoyer dans les étagères, les miennes sont étanches. Il vous a filé entre les doigts quand exactement ?”

“Deux heures, trois tout au plus.”

“Hé ben ça c’est du rapide. Heureusement que vous êtes psychiatre et pas urgentiste, vous !”

Je me lève et m’étire en baillant.

“C’est bon, je vais aller vous le chercher votre dingue. Mais je ne vous apprendrai rien en vous affirmant que vous faites chier. Je vous souhaite pas une bonne soirée, la politesse a ses limites.”

Et je lui raccroche au nez avant de me passer les mains sur la figure en grognant. Rien à bouffer, un cinglé dans la nature et le foutu convenience store qui est à l’angle de ma rue est fermé pour travaux. Cette nuit a un fort potentiel chiant, je ne m’y trompe pas.

Bon, pour commencer, aller récupérer le cannibale qui doit rôder dans le périmètre.

Je crois que je n’ai pas encore parlé de Ryuichi, non ?

C’est un “admirateur” si je puis dire : un quadra qui a légèrement pété les plombs il y a deux ans et s’est âprement documenté sur la façon de contrer son vieillissement. Comme il a jugé que les crèmes antirides étaient quelque peu has-been, il s’est orienté vers un remède plus costaud : il a assassiné deux étudiants et a soigneusement conservé leurs os comme “alimentation antivieillissement”.

A l’époque, si je l’avais arrêté, c’était par un concours de circonstance : il avait essayé de s’attaquer à moi, estimant sans doute que j’étais un produit de meilleure qualité. Depuis et malgré ses multiples évasions, il n’a tué personne d’autre, jugeant qu’il ne pouvait se contenter d’os premier prix. Ça fait marrer Gekkô, qui prétend que je suis une vraie carne et que le brave homme se fait des illusions.

Je dois donc régulièrement ramener “Ryuichi-kun” à la clinique, qui est à la sécurité ce que le film live est au cinéma.

Un blague, quoi.

Donc si je ne me fais pas bouffer, je vous raconterai. Mais avant d’aller le chercher, je dois incinérer ma vaisselle.

Bonne semaine !

PS : je sais, je mérite le fouet aux épines pour le jeu de mot pourri du titre.

 

 

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Source de l'image :  http://www.flickr.com/photos/43115335@N07/4453938687

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