http://farm6.static.flickr.com/5023/5682994072_74dede1eed_b.jpg

 

J'ai reçu ça dans ma boîte mail, récemment...Il y en a que ma crasse inspire...

 

http://farm6.static.flickr.com/5186/5655368210_961d4f64b0_b.jpg


(Je tiens à préciser que ceci est de la calomnie : je laisserais JAMAIS traîner un item maudit sur mon bureau. J’ai pas été élevé chez les porcs.)

Ou mon planning...

 

http://farm6.static.flickr.com/5068/5682429843_02858a2030_b.jpg


Dessins par yuki, dont je suis ravi d’occuper les journées studieuses...

Et j’emmerde ceux que ça a fait marrer.







Vous avez pensé que c’était le post de la semaine, hm ? Je perçois déjà le “quoi c’est tout ? Il s’emmerde pas, dis-donc !”

Ben non. Je mène une vie palpitante, rappelez-vous. Donc, forcément, j’ai une anecdote à vous raconter cette semaine. Une petite par ce que j’ai le bras explosé (un cadeau de ce kyûbi putride).

Il m’arrive de faire le tour de certains vide-greniers, voir si je ne trouve pas quelques items magiques ou de futurs kamis (petit rappel : un objet atteignant les cent ans devient un kami). Autant dire que je ne m’amuse pas à ça tous les jours mais j’essaie d’y passer de temps à autre.

Alors que je marchais entre deux étalages, j’ai perçu quelque chose de bizarre...mon petit radar personnel qui me signale qu’un truc pas clean se trouve dans mon périmètre immédiat (j’ai une petite portée, surtout si je suis fatigué). La vendeuse derrière le stand m’adresse un sourire et me demande si quelque chose m’intéresse.

“Vous avez des objets anciens ?”

C’est une môme de quatorze-quinze ans, elle a des consoles, des jeux vidéo, du matériel hi-fi, rien qui soit potentiellement hanté.

“Heu...je crois pas...ha si, j’ai ça.”

Bingo. Une poupée. La crème de la crème en matière de machins hantés. Et elle dégage une aura...en la touchant, je me brûle presque les doigts. Pourtant, une espèce de soulagement, de bien-être m’envahit quand je la regarde.

“Elle est à vous ?”

“Non. Ma mère me l’a donnée pour que je la vende. C’était  à ma grand-mère, je crois.”

Silence. La petite a l’air nerveux, j’imagine qu’avec ma gueule de déterré, je dois lui flanquer un rien les miquettes.

“J’aimerai parler à ta mère.”

Et je lui sors un billet de dix mille. Elle arrondit les yeux.

“Je...Elle coûte 800 yens.”

“Et moi je veux voir ta mère. Maintenant.”

La gamine prend le billet et s’esquive, ramenant quelques minutes plus tard une femme visiblement mécontente. Je sais pas ce que sa gosse lui a dit, mais elle n’a pas l’air super “open” pour discuter.

“Je peux vous aider ?”

“Cette poupée. Votre fille m’a dit qu’elle est à votre mère ?”

“Etait.”

“Votre mère est décédée depuis longtemps?”

Vu l’expression qu’elle me sert à ma question, ça doit être récent...j’ai appuyé sur une plaie fraîche. Mais je pars du principe que ça ne sert à rien de perdre du temps en diplomatie. Autant y aller franchement, la douleur passe plus vite.

“Je vous prierai de reposer cette poupée si elle ne vous intéresse pas ou de la payer si vous la voulez. Et de laisser ma fille tranquille.”

“Elle y tenait, votre mère, non ? A cette poupée ? C’était quelque chose de précieux, pas un truc qu’on bazarde une misère...Je parie même qu’elle lui parlait...”

J’ai les doigts serrées presque convulsivement sur les épaules froides du jouet et je sens ma gorge qui se noue. J’arrive à peine à « bloquer » les émotions qui s’en dégagent.

“Vous avez pensé qu’elle était juste folle...”

Si la mère reste parfaitement impassible, sa gosse paraît s’agiter. J’ai une touche avec la jeune génération...Je m’accroupis pour être plus à sa hauteur.

“Tu sais que les poupées gardent un peu de l’âme de ceux qui sont partis ?”

Il n’en faut pas plus pour que la mère agrippe sa fille et la fasse reculer.

“Si vous continuez, j’appelle...”

“Les flics ?”

La fillette détourne les yeux. Raté. Sa mère a tout gâché...mon cœur se serre et je déglutis. Il vaut mieux que je m’en aille, si je fonds en larmes devant elles, ça ne va pas arranger la sauce. C’est le problème avec les objets chargés depuis des années : leurs émotions ont tendance à me parasiter.

Je marmonne un remerciement et m’éloigne d’un pas rapide alors que les larmes me montent aux yeux, serrant la poupée contre ma poitrine. Pas la peine de s’attarder, il vaut mieux rentrer pour décider quoi faire.

Elle n’est pas abîmée, juste un peu défraîchie. Elle est faite en biscuit, je crois...Hana en avait une pareille quand on était petits.

“Je suis désolé.”

Assis face à elle, je suis songeur.

“C’est pas facile de leur faire comprendre que  tous les souvenirs ne sont pas bons à jeter.”

On pourrait penser que j’ai les fils qui se touchent à taper la causette à un objet. Pourtant...lorsque l’attachement et le passé sont assez vifs et durables, certaines de ces choses inertes nous retournent notre affection. Il n’est pas rare d’ailleurs que les personnes âgées y trouvent des confidents...à fortiori les poupées. Celle que j’ai ramenée n’est pas la première à avoir reçu tant d’attention que la mort du propriétaire provoque un vide immense...

Mais allez expliquer ça sans qu’on vous regarde de travers, ha, ha. Bon je reconnais que je suis pas top pour ce qui est d’être crédible mais que par contre passer pour un taré est une sorte de don naturel chez moi.

Je me mordille la lèvre. Je ne peux pas  la garder (déjà que j’ai du mal à donner de l’attention à ma famille, alors un objet...). Shinkin déteste les poupées, elle dit que c’est “trop nul” (elle veut une Nintendo “Déesse”, comme elle dit). Mais il y a une autre petite fille à qui je n’offre pas grand-chose...et qui n’est plus à ça près.

J’attrape mon téléphone et compose le numéro de mon frère.

“Kanata-kun ? C’est moi...oui ça va. Non, je ne te dérange pas longtemps. Dis-moi, ta môme, elle prend soin de ses jouets ? Oui, hein ? Elle ne supporte pas que sa mère les touche ?”

J’attrape la poupée d’une main et la glisse dans ma sacoche. Je trouverais bien un ruban à mettre autour sur la route.

“Un cadeau, oui. Mais non, rien de bizarre...”

Je souris au petit visage peint avant qu’il ne disparaisse dans mon sac.

“Tu me connais, je suis un oncle attentionné.”

___________

PS : Je rappelle que le tome 1 de kakurenbô est maintenant disponible à la vente, tous les détails, ici.

 

 

_____________________________________

 

Source de l'image :  http://www.flickr.com/photos/13880361@N08/3021148885/

Retour à l'accueil