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Le post de cette semaine va être chiant.

Pourquoi ?

Par ce qu'un compte-rendu de réunion c'est toujours chiant. Mais c'est l'événement le plus marquant de la semaine...

Et qu'accessoirement je rêve de procéder à une distribution de coups de pompe chez les hautes autorités politiques et industrielles, au passage. Ça me change pas tellement, vous me direz mais les conditions de travail en ce moment me rendent un tantinet susceptible, je crois...

Non, je ne parlerai pas de nucléaire (je vous dis et je vous répète que j'y entrave rien) mais d'accords passés en douce.

Certains s'en souviennent peut-être, mes potes les yôkai ne se contentent pas de petits postes : bouffe, logement, journaux, justice...

La réunion était donc un "point sur l'intervention des autorités à caractère parapsychologiques détenant des pouvoirs de décision à échelle nationale". Je traduirai ça par "lécher les pompes des yôkai pour qu'ils nous aident".

Les entreprises encore dirigées par les humains étaient déjà intervenues, les quelques-unes sous la coupe yôkai, elles, ont tranquillement attendu qu'on vienne toquer à leur porte...

***

"Je propose de racheter les terrains endommagés."

Kokuen, la reine de l'immobilier...qui se frotte les pattes, naturellement, et doit se survolter depuis le début des événements pour ne pas perdre une seule des miettes de la côte Nord.

"Nous le savons, Kokuen-san." Intervient le conseiller du ministre en inclinant la tête "Nous nous demandions juste s'il serait possible pour vous de fournir du matériel de construction...ou même un soutien logistique."

Elle sourit et contemple paisiblement ses griffes.

"Je compte le faire sur les terrains que j'ai rachetés. Dans les meilleurs délais, aussitôt que nous aurons le feu vert."

"Ha ben oui. Sur les tombes, ça ferait mauvais genre..." Je siffle, recevant un coup d'œil assassin du conseiller :

"Vous avez un problème, Kondo-san ?"

"Non non. Aucun. Je perfectionne mon rôle de plante verte, continuez..."

Gekkô, assis juste à ma droite, ne bronche pas encore. Mais je le connais suffisamment pour savoir qu'il va monnayer l'acheminement de nourriture au prix fort...ou en échange de l'immunité pour avoir bouffé une autre secrétaire le mois dernier. Sentant mon regard peser sur lui, il m'adresse un sourire matois, exhibant ses deux rangées de dents pointues.

"Je crois que Satoru-chan a un petit problème de visibilité."

"Je t'ai pas demandé le temps qu'il fait, Gekkô. Retourne manger tes puces au lieu de faire de l'esprit."

Murmure outré dans la salle. Gurou, mon bien aimé chef kappa, qui n'a jamais pu me voir en peinture, fait une grimace dégoûtée.

"Sommes-nous vraiment obligés de négocier avec ce genre de propos en fond sonore ? Décidément, le protocole est tombé bien bas pour laisser rentrer ce genre de...voyou."

"Ha ben c'est pas la honte qui vous écorche la gueule, Gurou-san." Je rétorque aussi sec "C'est pas moi qui suis en train de siphonner les fonds du pays pour m'engraisser. Ni de baisser mon froc devant vous, d'ailleurs." J'ajoute à l'attention du conseiller, qui s'empourpre violemment.

"KONDO-SAN !"

"-sama, conseiller Matsui. Je ne suis pas votre collègue de bureau avec qui vous vous tapez le café et les magazines playboy jusqu'à preuve du contraire. Je suis là pour m'assurer que les yôkai ne profitent pas de la situation, pas pour fournir la vaseline."

Je croise les jambes en regardant la petite assemblée.

"Et ce que je vois, c'est que ça ne sert à rien. Ils vont faire fructifier leurs petites affaires sur les cadavres de nos concitoyens. Je vomirais volontiers mais ça ne se fait pas en public."

Le conseiller est devenu complètement aphone tandis que Gekkô se marre et que Kokuen m'adresse un sourire glacial :

"Nous pourrions aussi demander votre tête, Kondo-kun. Je suis à peu près sûre que votre ministre vous la couperait lui-même si nécessaire. On ne refuse pas une main tendue."

Je la fixe en retour, pas impressionné pour deux ronds. Depuis le temps que toute la hiérarchie japonaise rêve de me mettre à pied, j'ai appris à ignorer ce type de menace...

"Mon ministre, Kokuen, a un peu d'autres...chats à fouetter, en ce moment qu'à s'occuper de vos petits trafics. C'est donc à moi que revient cet insigne honneur." J'ironise "Et jusqu'à présent, j'aime mon pantalon où il est, autour de ma taille. Je connais le prix de votre aide."

Retour au conseiller du ministre. Il ne parle plus, comme hébété. Ça doit être sa première réunion avec moi.

"Si vous continuez comme ça, ils viendront encore vous demander des comptes même quand tout le Nord sera rebâti. Nous payerons pendant des décennies. Et au prix fort. C'est reculer pour mieux sauter !"

"Tu préfères t'asseoir sur des apports en nourriture et du matériel, donc, Satoru-chan ? Tu crois que tes concitoyens approuveraient tout ça pour un problème de...fierté ?" Intervient Gekkô, que mon énervement croissant amuse. "C'est facile de cracher sur les opportunités quand on est au chaud chez soi. Au fait, comment étaient tes vacances à Saitama ? Inespérées, non ?"

Je déglutis et serre le poing, inspirant à fond. Il a le don pour me foutre hors de moi, ce maudit kyûbi.

"Nos demandes sont très raisonnables, conseiller Matsui." Reprend Kokuen "Un petit soutien financier pour nos affaires...cela relancera la machine en prime. Il n'y a rien de déshonorant à ça."

"Je le sais, Kokuen-san."

"Vous savez que dalle, Matsui, arrêtez un peu de leur cirer les pompes ! Vous savez à qui, à QUOI vous avez affaire ? Depuis quand les yôkai font dans l'humanitaire ?"

"Taisez-vous, Kondo !"

Ha tiens...pas si dépassé que ça, en fait, le politicard. Il me toise, depuis l'autre bout de la table.

"Je passerai sur votre discours, qui ne fait pas honneur à votre fonction. Vous faites office d'ambassadeur avec la communauté yôkai, certainement pas de pouvoir de décision."

Silence.

Les regards autour de la table sont braqués sur moi et j'ai la désagréable impression d'être réellement une plante verte, qui a eu le malheur d'ouvrir la bouche.

"Parfait."

Je me lève et embarque ma sacoche.

"Où allez-vous ???"

"Je m'en voudrais de jurer avec les teintes du carrelage, conseiller Matsui. La prochaine fois que vous avez besoin de décorer, voyez une boîte spécialisée. Bonne journée."

Gekkô m'a quand même demandé, juste avant que je sorte, si je ne voulais pas au moins leur faire le café.

Kokuen et les autres déplacent tranquillement leurs pions.

Facile...

Notre échiquier à nous est renversé.

Et en tant que pièce encore debout, ça me file des aigreurs de jouer le rôle du fou...

 

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Source de l'image :  http://www.flickr.com/photos/maxbraun/2201314635/

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