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Je suis un foutu irresponsable doublé d’un abruti. Par ma faute et mon laxisme, Ryuichi, le cannibale qui s’est échappé il y a quinze jours, risque de se faire un festin, à mon nez et à ma barbe (inexistante).

Durant toute la semaine, j’ai quadrillé l’arrondissement, sans réussir à lui mettre la main dessus...étant donné que le but de ce taré est de récupérer mes os pour aspirer leur “vigueur”, je m’étais attendu à ce qu’il se pointe chez moi, comme les autres fois où il a réussi à filer de l’asile. Mais visiblement, sa dernière capture l’avait échaudé...

Du moins c’était ce que j’ai cru jusqu’à trouver un paquet dans ma boîte aux lettres.
***
Je respire à fond pour me calmer. D’habitude, je suis très peu sujet aux crises d’angoisses - j’ai de l’entraînement - mais trouver un doigt consciencieusement dépouillé de sa chair, enroulé dans du nori m’a un peu collé la nausée.

Un mot y était joint :

“Kondo-san,
Je comprends que ma démarche vous ait incité à une certaine rancœur à mon endroit. Considérez cet envoi comme une main tendue...vous pouvez comprendre ma démarche, plus que les autres. Je ne vous importunerai plus, il y en a d’autres.

Ryuichi”

Ça pour être une main tendue...mais la dernière phrase m’inquiète, jusqu’à maintenant je l’obsédais suffisamment pour qu’il ne s’attaque plus à personne. Pourtant, aucune disparition n’a été signalée ces derniers jours. Depuis combien de temps, ce paquet est-il là ? J’étais à Saitama ce week-end pour aider Shinkin, ma cousine de dix ans, à préparer ses bagages, j’ai découvert le petit cadeau de l’autre dingue à mon retour, hier.

Shinkin.

Elle est partie en voyage scolaire. Et si Ryuichi m’a suivi jusqu’à Saitama...

Je me jette sur le téléphone et compose le numéro de ma maison de famille, réclamant ma tante.

“Satoru-san ? Vous avez oublié quelque chose ?”

“Appelez le maître de l’école. Faites IMMEDIATEMENT ramener Shinkin à la maison.”

“Que...la faire rentrer ? Sans raison apparente ?”

“Si vous ne faites pas ce que je vous dis, les raisons vont l’être apparentes ! Où sont-ils partis ?”

“A...A Nara.”

Putain c’est pas vrai...Si Ryuichi est sur place, il a largement une journée d’avance sur moi.

“Et puis c’est vous qui avez insisté pour qu’elle parte, Satoru-san.”

Merci de me le rappeler. Quand bien même je demande à ce qu’ils ramènent Shinkin, elle est exposée le temps du voyage...Et mes pouvoirs d’onmyôji ne me permettent pas la téléportation.

“Appelez l’instituteur et dites-lui de ne pas quitter les mômes des yeux, je pars sur place !”

J’en connais un qui va frétiller....passant à peine un tee-shirt, je fonce chez Gekkô, sans même un sac de voyage. A cette heure-ci, il est sûrement dans son duplex, près d’Ueno. Lorsque je déboule dans son appartement, il est installé dans son jacuzzi, ses six queues de renard négligemment déployées autour de lui. Et il semble à peine surpris de me voir arriver en nage.

“Je dois aller à Nara. Le plus vite possible.”

Il gobe la boulette de viande qu’il tient entre le pouce et l’index et ne réponds pas, sans me regarder, avant de s’étirer dans un grognement.

“Gekkô ! Nara ! Urgent ! Question de vie ou de mort !”

“Oui, des questions qui TE concernent. Et donc qui ne m’intéressent pas...Tu veux être gentil et fermer la porte, s’il te plaît ? Il y a un petit courant d’air...”

“Ça veut dire “démerde-toi” ?”

Grand sourire. Il secoue la tête en signe de négation.

“Ça veut plutôt dire “rampe”.”

“Non mais va te faire f...”

“T-T-T...Si tu commences à m’éructer dessus, Satoru-chan, je vais devoir te faire jeter dehors. Et puis une petite violation de domicile doublée d’une agression verbale, ça ferait tache dans ton casier, tu sais.”

Il gobe une seconde boulette de viande en me regardant du coin de l’œil.

“Qui n’en est pas à sa première tache, justement.”

Silence. Je hais Gekkô quand il joue à ça et il le sait...J’amorce un demi-tour et les portes claquent violemment devant moi.

“Je t’avais dit de fermer, il me semble.”

Il est sorti du bain sans même que je l’entende et place son bras contre la porte, au-dessus de ma tête. Sans me retourner, je sens que ce sont plusieurs paires d’yeux braquées sur moi à présent. Gekkô rapproche la tête de mon oreille.

“Tu m’as boudé pendant près d’un mois et je devrais t’aider ? C’est un peu facile de demander une assiette de soupe après avoir craché dedans, Satoru Kondo...”

“C’est moi qui serai dans l’assiette ou Shinkin, si tu ne m’aides pas.”

Tournant la tête, je le fixe.

“Et t’as pas intérêt à ce que je meure. T’as plus à perdre que moi, Gekkô.”

“Hmmm...Ça c’est ce que tu crois.”

Se redressant, il va passer un peignoir et appuie sur l’interphone.

“Maro, Shinzu, préparez la voiture, je descends dans dix minutes.”

Je lui exhibe le doigt et la lettre et ses oreilles se redressent en reconnaissant la signature.

“Tiens, Ryuichi...Ce n’est pas toi qui me disait que c’était un pauvre type vaguement gonflant qui “n’était pas un problème” ?” Me fait-il en parcourant rapidement le mot.

Il passe rapidement un costume et je lui emboîte le pas alors que nous descendons vers le parking souterrain, où nous attendent ses deux gorilles, visiblement pas très réveillés, ni très content de me trouver là. Nous grimpons à l’arrière et je grimace en sentant Gekkô s’étaler tranquillement, me coinçant contre la portière.

“Nous serons à Nara dans quelques heures...Mais je m’étonne que tu n’aies pas demandé d’aide au gouvernement, plutôt que de venir me pleurer sur l’épaule.”

Alors que nous démarrons, je me mordille le pouce, anxieux.

“J’ai pas de preuves. Mais depuis quinze jours, il m’aurait déjà attaqué si j’étais sa cible...Seulement comme il a déjà pris sa peignée, il a préféré voir si j’avais des élèves pour s’en prendre à moins fort. Et j’ai passé le week-end avec Shinkin.”

“Haha, la petite cousine prodige. Elle en a de la chance d’avoir un maître aussi attentionné et concerné par sa sécurité. Mais il aurait dû y penser plus tôt...et d’ailleurs...”

Entre deux griffes, il attrape le petit cadeau de Ryuichi, que je tiens dans la main.

“Tu t’es demandé à qui pouvait appartenir ce doigt ?”

Comme je suis coincé dans cette foutue bagnole, je n’ai rien trouvé d’autre à faire que de me bouffer les ongles jusqu’à la racine et venir me défouler sur le blog. Encore quatre heures avant d’arriver à Nara et personne ne répond à la maison...

 

 

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Source de l'image :  http://www.flickr.com/photos/ttys0/4144038173/

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